Sev Spacez

Bruxelles 2058

 

Il est 7h, le lit accelere doucement le rythme, les leds eclairent legerement la chambre, Lucas ouvre les yeux. Après ses cinq minutes de méditation devant des paysages marins préprogrammés, il avale un verre d’eau multivitaminée et se glisse dans la cabine de sport et de détente. Le check up santé affche « Forme parfaite ». Tout en se rasant il suit d´un oeil machinal les infos sur le côté droit du miroir. Il inspire lentement, soucieux : « comment les convaincre? Mon projet est le bon, j´en suis certain. - Il expire - L´enjeu c´est de me mettre d´emblée les comités participatifs dans la poche; ainsi l´administration suivra . Seduire les jeunes, ce sera facile, mais pour convaincre la génération précédente, le 3e et le 4e âge que non, je ne detruis pas un symbole, je le rend vivant et attractif: je dois leur montrer en quoi le bâtiment leur sera utile. Sans les flatter ». Toutes les ambiances du projet, son projet, défilent dans sa tête tandis qu´il sort de la douche de vapeur parfumée et enfile son pantalon de toile vierge et sa chemise Vintage. Le café est dejà prêt dans la cuisine, la météo est affichée sur l´écran du frigo : Soleil. Dans le coin gauche l icône «complexe fruits – avocats – jus de gingembre » clignote, il l´effleure d´un doigt tout en pensant à sa grand mère qui lui raconte toujours comment à son époque elle devait aller en voiture au supermarché faire les courses le samedi après-midi, il rit en pensant à tout ce temps perdu, tellement habitué que le frigo s´en charge tout seul. Il en revient à son projet : « C´est ça, le samedi après-midi, plus besoin de perdre son temps à aller « faire les courses », il faut s´amuser, profiter, collectionner, rencontrer, apprendre, rire, partager ». Il sort de chez lui, l´ascenseur referme ses portes et le conduit 12 étages en dessous, à l´agence. C´est l´effervescence. Un groupe teste les animations tridimensionnelles in situ, l´équipe Comm´ revoit l´organigramme. La réunion prend des airs de générale en costumes : pas question de laisser quoi que ce soit au hasard.

Les communication managers, Théo et Lola, reprennent les arguments forts du projet : mixité, lien haut-bas de la ville, dynamisme, centralité. La jeune Louise décrit l´organigramme : les accès en surface et souterains (lignes 92, 93, 24, 65, V1), l´entrée soit par la partie musée côté portique à colonnes, soit par le grand marché aux kiosques dédiés aux créations physiques et numériques. Les deux accès aboutissent à la galerie commerciale avec vitrines et écrans pour essayer virtuellement les produits et les commander. Quelques ateliers de marques avec cours de mode et customisation pour individualiser les produits s´ouvrent sur la salle des pas perdus, vaste espace de rencontres avec ses restaurants, bars et salons privés. Aux étages supérieurs, les centres sportifs et culturels sont vastes et lumineux grâce à l´énorme serre-atrium que la végétation tropicale raffraichit. En façade, gardée à l´identique, les salles de cours et de formation; la crèche s´ouvre sur l´atrium. Les services à la population et la centrale du microcrédit occupent les étages inférieurs, mélés à des lieux de spectacle et de restauration pour s´ouvrir vers le bas de la ville. Quelle idée d´avoir installé la bibliothèque dans la coupole qui surplombe la serre ! Lucas est fier de lui. La piscine et le camping sur le toit comme les courts de tennis installés sous les toits en pente lui donnent particulièrement satisfaction. Les ramifications prévues avec les bâtiments environnants sont prometteurs, déjà l´ascenseur urbain desservira les étages supérieurs; à terme tous les logements et bureaux du quartier seront reliés à ce nouveau centre.

L´équipe sort sous un soleil de plomb, ils sont chacun perdus dans leurs pensées, imaginant toutes les questions qui les attendent et les meilleures réponses à donner. Les projections dans les salles abandonnées du Palais sont au point pour que le public partage les atmosphères du projet. Forts, confiants, ils grimpent les marches monumentales du futur Pool´Art Centre.


paru dans Le Soir, avril 2008